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Le musulman et la citoyenneté

Par Thomas Bilal Sibille, éditeur de livres et auteur d'essais.

Qu’est-ce que la citoyenneté ? Parler de la citoyenneté dans l’absolu, c’est parler de tout et de rien en même temps. Cette notion de citoyenneté n’est pas fixe et immuable. C’est une notion qui a toujours été au centre des débats et des études au cours de l’histoire. En témoignent les travaux d’Aristote ou de Diderot dans son encyclopédie.

En France, le mot citoyen arrive en 1789, comme un terme de substitution à « sujet du roi », comme cela fut mentionné dans la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen (le 26 août 1789).

Quant au mot « citoyenneté » en lui même, il est défini dans le dictionnaire Larousse comme une « situation positive créée par la pleine reconnaissance aux personnes de leur statut de citoyen. » On peut y lire également : « le citoyen dispose dans une communauté politique donnée, de tous ses droits civils et politiques. »

Ibn Khaldoun (m. 1406) nous explique que l’être humain a été créé sociable, mettant en évidence l’idée d’un rapport certain entre l’individu et la société civile. L’homme ne peut, en effet, se passer des autres. Les hommes ont une interdépendance mutuelle et malgré celle-ci l’homme possède ce sentiment contradictoire que Kant appelle « l’insociable sociabilité », à savoir d’un côté l’amour de soi, de son confort personnel, etc. et de l’autre ce besoin de vivre avec les autres. Cette cohabitation naturelle exige des règles de vie en communauté et nous indique que la citoyenneté est une notion intrinsèque à l’homme.

Ainsi la citoyenneté n’est pas un don du pays dans lequel on réside mais plutôt une notion acquise naturellement. Cette notion est fondamentale pour contrer deux éléments destructeurs du point de vue social :

  • le besoin de prouver que l’on est citoyen ;

  • Le fait de considérer que ceux qui n’ont pas d’origine étrangère ont un droit de faveur.

Effectivement, l’identité n’est pas l’objet d’un déterminisme mais plutôt une réalité changeante, susceptible donc d’évoluer. L’idée d’un Français du 20e siècle n’est certes pas celle d’un Français du 19e siècle, mais pourtant en aucun cas son identité française ne peut être mise en doute. Le fait que l’identité change, ne signifie pas son effacement de ce qui aurait précédé, il s’agit plutôt de son dépassement, au sens positif ou négatif du terme, selon les appréciations. Également, l’homme ne choisit pas l’endroit où il naît, ni sa famille, ou son époque. Il est impuissant devant certaines choses. Le lieu d’où l’on vient constitue une partie de notre identité. Renier une partie de son identité, n’est pas une intégration. Les historiens disent généralement que « celui qui n’a pas d’histoire n’a pas d’avenir. » On construit sur ce que l’on est, pas sur ce que l’on rejette d’être.

Aujourd’hui, si le concept de citoyenneté est brandi par certains pour une plus grande cohésion sociale, il l’est aussi pour ceux qui cherchent à diviser les citoyens français, en pointant du doigt les musulmans, qui auraient besoin de prouver leur citoyenneté.

Or, les musulmans vivant en France sont citoyens à part entière, leur citoyenneté n’est donc pas un droit de faveur. Ils participent, comme leurs concitoyens, à la vie de la société. Ils sont travailleurs, producteurs, commerçants, médecins...faire d’eux des étrangers indéfiniment n’a pas de sens. Le même le lien communautaire qui les lie, ne peut-être présenté comme un lien contraire au lien de citoyenneté.

Certes le lien communautaire de la foi relie les musulmans d’une collectivité puisque la foi est transcendante mais pour autant cela ne contredit pas le lien avec les autres membres de la société dans laquelle l’individu évolue quelles que soient leurs religions.

Il existe une communauté chrétienne mondiale sans que ses adeptes ne soient considérés comme moins Français. Le mot « communautarisme », qui est un terme flou, est souvent utilisé par certaines élites pour priver de revendications légitimes une certaine frange de la population en les pointant du doigt en tant que communauté et non plus en tant que citoyen. Ces droits qui leur étaient acquis deviennent des revendications communautaires qui peuvent leur être refusées pour préserver la cohésion nationale du mal du communautarisme.

Les juifs en ont subi les conséquences par le passé, les musulmans pourraient être amenés à en souffrir à leur tour. Il ne faut pas penser que cela ne pourrait pas exister ; l’histoire de la citoyenneté est aussi l’histoire de l’exclusion. À Athènes déjà, quand le concept de citoyenneté fut discuté et mis en place, en furent exclus les femmes, les métèques et les esclaves. Après la Révolution, il fallut attendre le Concordat pour que cesse l’exclusion des juifs. Pendant la colonisation, les Algériens musulmans furent exclus de la citoyenneté et renvoyés au statut d’indigène. Il faudra attendre le décret Crémieux pour que les juifs algériens jouissent de la citoyenneté. L’abolition de l’esclavage ne rendit pas pour autant les habitants des Antilles citoyens, une politique d’exception leur fut appliquée.Aux États Unis certains états comme La Géorgie et Le Maryland refusaient le droit de vote aux catholiques, ce droit était réservé aux protestants, de peur qu’ils privilégient la Papauté à leur citoyenneté.

Connaître le passé permet de se prémunir en évitant de commettre les mêmes erreurs. Réfléchir à ces questions d’actualité peut nous permettre d’améliorer notre vivre ensemble au risque que cela devienne « un vivre pareille ». De vivre ensemble en respectant nos différences, qui doivent être un enrichissement et non une cause de division et de défiance.

C’est pourquoi je conclurai mon propos sur le fait que l’individu porte en lui, ce que l’on pourrait qualifier de deux identités, qu’il ne doit pas opposer et que l’on ne doit pas lui nier.

Une identité culturelle qui est l’ensemble de ses valeurs et de ses particularités et une identité politique, qui regroupe ses droits civils, sociaux et politiques.

Ainsi un même peuple peut être uni sans que ses individus n’aient la même identité culturelle ; Le plus important est qu’ils jouissent des mêmes droits dans cette identité politique qui les lie et qui a été imposée par les circonstances et instaurée par l’intérêt commun.


(Cet article est un extrait du prochain livre à paraître de Thomas Sibille : La place de l'islam en France tome 2)


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