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Les dessous de l'écriture d'un roman (par Lyess Chacal)


Le présent article est inspiré d’une fort louable initiative du cercle de lecture belge Chakib Arslan, dont le siège se trouve à Bruxelles. C’est, en effet, lors d’une invitation à animer une masterclass sur cette thématique qu’il m’a paru opportun de partager avec mes lecteurs, et avec ceux qui ne connaissent pas encore mon travail d’ailleurs, un article succinct sur les « coulisses » de la rédaction d’un roman. Je tiens, avant toute chose, à saluer le dynamisme du cercle de lecture Chakib Arslan et celui qui en est le moteur, à savoir Mustafa Kastit. Ce passionné de lecture, lui-même auteur d’ouvrages de grande qualité, a le don de transmettre son amour des livres comme nul autre. Fidèle à mon travail de « vulgarisation », je me contenterai d’aborder ce sujet en mettant en relief de grandes lignes plutôt que d’approfondir mon sujet point par point. Ceci donnera une vision synoptique des aspects essentiels, à mon sens, qui participent de la rédaction d’un roman. Peut-être est-il nécessaire, en préambule, de préciser que le roman apparaît autour du XI° siècle. À l’époque, le mot « roman » fait référence non pas à un genre mais à la langue dans laquelle sont écrits ces textes. Il s’agit de la langue romane : un français courant de l’époque, issu du latin.

Le roman a déjà son sens moderne, tel que le définit Le Petit Robert : « œuvre d’imagination en prose, assez longue, qui présente et fait vivre dans un milieu des personnages donnés comme réels, nous fait connaître leur psychologie, leur destin, leurs aventures. »


Qui dit roman, dit bien entendu écriture. Mais dans quel but précisément l’écriture d’un roman s’inscrit-elle ? Cette question n’est pas anodine et elle ne doit surtout pas être éludée. En effet, beaucoup d’auteurs recourent à l’écriture comme on recourt à un exutoire, un défouloir, voire à une thérapie. Elle est même pour de rares auteurs une torture ! Le roman, bien que relevant d’un genre fictif, se confond ici avec l’intimité de l’auteur marqué par un événement personnel, souvent un drame d’ailleurs (accident, décès, ruine matérielle, etc.), qui le pousse à se dévoiler, en réalité en se cachant pudiquement derrière des personnages fictifs, pour partager sa douleur avec les autres.


Pourquoi l'écriture d'un roman ? (Raisons, finalités...)


Si beaucoup se lancent dans l’écriture dans le but de partager leur histoire intime, il ne faut pas confondre écriture et psychothérapie. Le roman sert avant tout à distraire. Il faut donc replacer le lecteur au cœur de ses préoccupations pour espérer le toucher et l’amener à se plonger dans la lecture de son livre. Il est donc nécessaire de ne pas trop centrer son écrit sur son histoire personnelle de crainte de ne pas avoir le recul nécessaire. C’est la raison pour laquelle il y a, selon moi, deux axes principaux dans le roman qui sont respectivement : partage et transmission.

Dès lors que l’on envisage tout type de publication, la question du partage se pose avec force. Elle s’impose d’elle-même. On ne peut pas envisager d’écrire sans avoir l’idée du partage même si, en y regardant de près, mon argument n’est pas totalement juste (auteurs prolifiques au profil plutôt narcissique). La transmission est l’autre fondement du roman car il représente un vecteur important du message que l’on souhaite marquer dans l’esprit des autres. Hugo n’a eu de cesse, par exemple, d’interpeller la conscience humaine sur un certain nombre d’inégalités sociales criantes (Les misérables, Le dernier jour d’un condamné, etc.)


De quels socles de connaissances et outils (références) avons-nous besoin ?


Mieux vaut savoir écrire même si cela s’apprend. En général, les férus de lecture ont souvent des aptitudes et des potentiels insoupçonnés. Ils peuvent puiser, parfois de manière inconsciente, dans leurs lectures pour aiguiser leur plume et développer leur propre style d’écriture. Se documenter quelle que soit la nature de son roman afin de rendre l’environnement du roman le plus réaliste possible est une démarche incontournable dans l’écriture d’un roman. Il faut prendre le temps d’approfondir son sujet (c’est ce que j’ai fait par exemple pour parler de l’horloge à automates dans le tome 1 de Saladin) ; il est en effet nécessaire de donner le sentiment d’une véritable maîtrise de son sujet à l’instar de ce qu’a fait Victor Hugo par exemple dans une majorité de ses romans. Il faut néanmoins, éviter les pièges du trop descriptif pour ne pas lasser le lecteur. Une fois ces phases bien avancés, vient le moment de faire tester certaines intrigues en demandant leur avis à son entourage sans toutefois trop leur faire confiance (ils ne disposent pas en effet de tous les leviers essentiels à la compréhension de l’environnement du roman. Leurs avis sont toujours à nuancer même).


Comment se construit le plan d'écriture d'un roman (la trame, l'intrigue, le récit narratif...) ?


La phase de préparation


La préparation d’un roman ne répond pas aux mêmes contraintes d’un auteur à l’autre. Ceux qui, sans l’avouer, sont peu à l’aise avec leur plume (cela existe oui), ont besoin d’un travail de préparation titanesque ; chaque personnage fait l’objet d’une fiche très détaillée, les recherches documentaires sur les lieux clés peuvent être hyper documentées, la recherche du détail telle, qu’elle en affecte la cohérence globale du roman, etc. Pour ma part, j’ai besoin de m’imaginer l’intrigue dans son ensemble en m’intéressant plus particulièrement à la conclusion de mon histoire. C’est elle qui va guider mes pas dans la rédaction en jalonnant mon cheminement jusqu’à ce point final clairement identifié. Le travail de préparation mentale est fondamental lorsque j’écris. Pendant de longues semaines, je ne prends presque jamais de stylo pour écrire. Je ne recours à l’écriture de mes idées que lorsque je bloque sur certains aspects qui semblent manquer de cohérence. Ainsi, je recours souvent à une forme de carte mentale pour structurer mes idées et combler les lacunes là où elles apparaissent. De manière globale, nous pouvons considérer que la rédaction d’un roman répond au plan suivant :


  1. L’idée première.

  2. La finalité visée.

  3. Le cachet que je souhaite imprimer à l’œuvre (joie, triste, amusant, tout cela à la fois).

  4. Réfléchir à l’intrigue.

  5. Un ou plusieurs héros ? Pas de héros ?

  6. La fiche personnage : qui sont-ils ? d’où viennent-ils ? Quels rôles sont-ils amenés à jouer ?

  7. La psychologie des personnages (élément fondamental du roman).

  8. Le choix des lieux.

  9. Le rôle et la place du narrateur (narrateur personnage principal, narrateur personnage témoin, narrateur omniscient).


Phase d’écriture :


Vient ensuite la phase d’écriture, l’angoisse du premier mot, de la première phrase. Nous pouvons aussi écrire de manière frénétique dès le départ parce que le projet a été tellement maturé que la plume se nourrit des réflexions accumulées durant des semaines. Au risque, une fois la frénésie passée, de se retrouver confronté au « syndrome de la page blanche » avec ce sentiment d’avoir, dès les premières lignes utilisé toutes ses « cartouches » ! En fait, si, dès le début du roman, le ou les lieux principaux de l’histoire font leur entrée en matière, la description que l’auteur choisira d’en faire va lui donner le loisir d’imaginer la mise en scène de l’apparition de ses personnages au fur et à mesure en choisissant de décrire leur profil psychologique, ou, a contrario, de rester silencieux sur certains aspects de leur personnalité pour ne les dévoiler qu’à des moments clés de l’intrigue, tenant ainsi en haleine le lecteur. Mais pour que ce dernier se sente « happé » par le récit, il est nécessaire, me semble-t-il, de ne pas négliger les dialogues qui, indubitablement, constituent les moments les plus appréciés du lecteur en général parce qu’ils donnent tout simplement vie au récit. Si, en plus des dialogues et selon le genre littéraire du roman, les lieux décrits sont des lieux qui existent réellement, on ancre durablement son écrit non seulement dans l’imaginaire du lecteur mais on suscite aussi un étrange sentiment de proximité avec le livre lorsque le lecteur lui-même va fouler de ses pieds les lieux abordés dans le livre. S’opère ainsi une forme d’identification très forte entre le lecteur et les intrigues du livre.


En conclusion


J’ai volontairement survolé le sujet. Charge à chacun de s’appuyer sur les grandes lignes évoquées ici pour approfondir le sujet si tant est que vous y trouviez un intérêt. Peut-être est-il nécessaire de rappeler qu’écrire reste une activité très personnelle et qui, quoi que vous fassiez, est une représentation de votre propre personnalité. Ce n’est pas, à proprement parler, une technique qui doit être maîtrisée selon des codes préétablis. Là où intervient la part de technicité et d’ordonnancement incontournables, c’est lorsque vous émettez le souhait et l’envie de partager vos écrits avec des inconnus. À ce moment précis, écrire devient au sens premier « un art » qu’il convient de bien maîtriser pour ne pas connaître des désillusions qui pourraient vous amener, psychologiquement parlant, à vous déprécier. Ce n’est pas le but.


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Lyess Chacal est docteur de l'université en culture et civilisation arabes. Il a rédigé de nombreux ouvrages sur la spiritualité musulmane et s'est notamment distingué par la saga "Saladin remonte le temps à la rencontre de l'histoire" qui connaît un franc succès.

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