L’histoire que je vais raconter dans ce livre n’est pas l’autobiographie d’un homme remarquable par son rôle dans les affaires publiques; et ce n’est pas un récit d’aventures — car bien que de nombreuses aventures étranges se soient produites sur mon cheminement, elles n’ont jamais été davantage qu’un accompagnement de ce qui se passait en moi —; ce n’est pas non plus l’histoire d’une recherche délibérée de la foi — car cette foi m’est venue, au fil des ans, sans aucun effort de ma part pour la trouver. Mon histoire est tout simplement celle de la découverte de l’islam par un Européen et de son intégration au sein de la communauté musulmane.

Je n’ai jamais songé l’écrire, car il ne m’était pas venu à l’esprit que ma vie puisse intéresser qui que ce soit d’autre que moi-même. Mais lorsque, après une absence de vingt-cinq ans de l’Occident, je suis venu à Paris, puis à New York au début de 1952, j’ai été contraint de changer d’avis. En tant que ministre plénipotentiaire du Pakistan auprès des Nations Unies, j’étais évidemment dans le collimateur du public et j’ai rencontré beaucoup de curiosité parmi mes amis et connaissances européens et américains. Au début, ils pensaient que j’étais un «expert» européen employé par un gouvernement oriental dans un but précis, et que je m’étais adapté aux coutumes de la nation que je servais. Mais lorsque mes activités aux Nations unies ont montré que je ne m’identifiais pas seulement « fonctionnellement», mais également émotionnellement et intellectuellement aux objectifs politiques et culturels du monde musulman en général, ils sont devenus quelque peu perplexes. De plus en plus de personnes ont commencé à m’interroger sur mes expériences passées.

Chemin vers la Mecque, Muhammad Asad, Héritage éd.

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